lundi, janvier 21, 2008

Une démonstration de force du Hezbollah, avec de Hassan Nasrallah en public, pour la première fois depuis deux ans





Pour la première fois depuis la guerre des 33 jours entre le Hezbollah et Israël (été 2006), le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, fait son apparition publique. Il a participé à la célébration de la fête chiite de Achoura, à la tête d’une géante manifestation rassemblant des centaines de milliers de fidèles déchaînés, mobilisés autour du slogan « mort à l’Amérique, mort à Israël »...

Au-delà de la symbolique de cette fête, qui commémore la mort du petit-fils du Prophète Mahomet, Hussein, trahi par les siens lors de la bataille de Karbala (Irak), la célébration cette année prend un goût différent et très particulier au Liban.

Alors que le pays est dans une impasse politique, le Hezbollah, qui a pris la tête de l’opposition, entend exploiter politiquement une fête religieuse en la transformant en démonstration de force. Il cherche à exhiber sa capacité à mobiliser pour « terroriser » la majorité dans le but de lui arracher des concessions. L’autre objectif est de « confirmer le leadership de Hassan Nasrallah sur la communauté chiite », alors que plusieurs médias proches de la majorité font état de profondes divergences entre Nasrallah et son N° 2 Naïm Kassem. Selon ces informations [lire notamment dans « Al Shiraa »], « Kassem, soutenu par le bureau des Gardiens de la Révolution iranienne à Damas, par Imad Maghnieh et par Wafik Safa, chef de la sécurité du Hezbollah, s’opposent catégoriquement à la solution politique proposée par la Ligue arabe ».

Ces informations vont plus loin et évoquent une tentative menée par le second rang du Hezbollah (Kassem, Maghnieh, Safa) pour encercler Nasrallah et l’affaiblir, ce dernier étant accusé de vouloir accepter la médiation arabe. Pour ce faire, Naïm Kassem, en déplacement à Damas la semaine dernière, a obtenu la nomination du général Michel Aoun, l’outil chrétien de la politique syrienne, comme unique négociateur avec Amr Moussa. Aoun, pour rappel, coordonne avec l’autre allié chrétien Sleiman Frangié, l’une des plus virulentes campagnes contre le Patriarche maronite. Aoun et Frangié qualifient le chef de l’Eglise Nasrallah Sfeïr de « vieux dégénéré » et demande à le remplacer par un évêque qui leur soit proche. Ces manœuvres visent, à ne pas en douter, à étouffer la médiation arabe dans l’œuf.

« Al Shiraa » évoque également un conflit financier entre Nasrallah et le cheïkh Mohammed Yazbek, responsable du Hezbollah de la région de Baalbek (Békaa). Yazbek est accusé de détourner de l’argent envoyé par l’Iran, et de préparer une dissidence. Nasrallah lui reproche d’envoyer des jeunes issus de sa région dans des camps d’entraînement à l’étranger, à Damas et à Téhéran (dont certains seraient morts lors des entraînements), sans se référer à la direction du parti.

Ainsi, pour démentir ces informations, et pour confirmer son statut de chef suprême incontesté du Hezbollah, Hassan Nasrallah a pris le risque d’apparaître en public, bravant les menaces sécuritaires. Pour emporter son bras de fer engagé avec ses seconds, le chef du Hezbollah est condamné à radicaliser ses positions, entraînant avec lui la radicalisation de toute la communauté et compliquant davantage la crise politique au Liban.

En effet, dans son discours, Nasrallah a fait un parallèle entre « l’humiliation subie par les Chiites à Karbala, en l’an 61 du Hégire (assassinat de Hussein), et l’humiliation que veulent infliger George Bush et l’ennemi sioniste aux Chiites et aux Palestiniens »... Il a évoqué « le refus de cette humiliation qui a conduit à la victoire de la Résistance en 2000, puis au terme de la guerre des 33 jours en 2006 », avant d’appeler la Nation islamique à riposter à la visite de George Bush dans la région en se mobilisant contre « l’unique ennemi qui est l’Etat sioniste, le cancer qui mine la Nation et qui poursuit ses massacres contre nos frères à Gaza ».

Nasrallah a appelé les peuples arabes et musulmans à se révolter contre leurs régimes et à voler au secours des Palestiniens. « Les dirigeants arabes composent avec l’agression sioniste pour sauver leurs pouvoirs », dit en substance Nasrallah, avant d’évoquer la question des prisonniers détenus en Israël. A ce sujet, il a réitéré son engagement à les libérer, accusant Israël de tergiverser, « car l’ennemi sioniste est impuissant et n’a pas le courage de payer le prix de l’échange des prisonniers. L’armée israélienne ne veut pas procéder à l’échange de prisonniers contre des dépouilles de soldats israéliens laissés au Liban en 2006. Nous détenons des têtes, des bras, des jambes de beaucoup de militaires israéliens, mais l’armée sioniste ne veut et ne peut le reconnaître, au risque de détruire ce qui reste de son image d’invincibilité », affirme Nasrallah. Enfin, le secrétaire général du Hezbollah menace : « en cas de nouvelle guerre contre le Liban, nous leur réservons des surprises qui modifient fondamentalement le cours de l’histoire et le paysage de la région tout entière... ».